Vendredi 21 mars 2008
5
21
/03
/2008
15:59
L’huile de colza ou de tournesol présentent un certain intérêt pour les engins agricoles, à condition d’être
produites après une prairie temporaire qui a eu le temps de se recharger en carbone et en azote etc., qui peut donc se passer temporairement d’engrais artificiel et éventuellement
de traitement phytosanitaire. Sinon, le bénéfice est largement entamé, pour ne pas dire plus.
Le diester et l’éthanol ne sont que des pis-aller.
Pour obtenir de bons rendements avec les cultures « énergétiques » (colza, tournesol, betteraves…), il faut répandre au moins 600kg/ha d’engrais artificiel fortement assaisonné
d’oligo-éléments de plus en plus rares dans les sols. Le labourage classique à 25 - 30 cm de profondeur, libère déjà jusqu’à une tonne de CO2/ha. Peu de gens le
savent.
Les engrais artificiels sont, en grande partie, tirés des hydrocarbures,
notamment du méthane. Il faut au total, 2 TEP, voire 3, pour en produire 1 tonne : donc, grosse dépense d’énergie fossile et dégagement de CO2. Remarque : On en consomme 11 à 12 millions de
tonnes, par an, en France. Voilà pourquoi on peut mettre 1,6 million d’hectares en jachère et malgré tout, avoir des excédents agricoles qui ne sont que du pétrole et du méthane
transformés en matière végétale et en viande avec un gaspillage énergétique énorme, dans les élevages industriels.
Le fonctionnement des engins agricoles pour une campagne de culture nécessite environ 200 litres de gazole, 240 s’il s’agit du «
biocarburant ». Au final, cela donne environ 1,2 TEP à l’hectare dont le tiers au moins provient des hydrocarbures, soit 400 litres.
La fabrication du diester ou de l’éthanol entraîne, de nouveau, une grosse dépense
d’énergie (généralement du fioul ou du gaz). Pour que la distillation se fasse, il faut chauffer le mou à 80°, au moins. N’oublions pas non plus l’énergie dépensée dans la
construction de l’usine et dans l’entretien du matériel. En définitive, le diester et l’éthanol rejettent plus de CO2 et polluent beaucoup plus que le gazole utilisé tel
quel. Le recyclage annuel du CO2 dégagé par les « biocarburants » est complètement balayé. Il est même loin de contrebalancer le CO2 dégagé pour les produire. Un autre avatar
est l’impact désastreux de ce genre de culture sur nos terres agricoles déjà appauvries par 60 ans de surexploitation.
Nos hommes politiques, de gauche comme de droite, viennent probablement d’une autre planète. S’ils persistent dans
cette pantalonnade, c’est qu’ils se moquent de la population qui est déjà abonnée à une nourriture de plus en plus médiocre et de plus en plus coûteuse. Pour eux, l’essentiel est de faire
du PIB et tant pis si le remède est pire que le mal.
Loin de moi de penser qu’il y a collusion entre des élus et de Industriels.
Il serait beaucoup plus logique de pousser les gens à faire des économies drastiques de combustible fossile, en taxant
progressivement, mais de façon exponentielle, les véhicules personnels rejetant plus de 120gr de C02 au kilomètre, sauf dérogation pour raison professionnelle ou familiale, ce qui
favoriserait toutes sortes de bons comportements, y compris chez les constructeurs.
Il y a aussi des économies de CO2 à faire du côté des courses d’engins motorisés qui sont des spectacles navrants n’ayant rien à voir
avec le vrai sport. Une F1 consomme jusqu’à 60 litres de carburant à l’heure…
Quand on n’a pas de pétrole, on a des idées, paraît-il !
La première est d’utiliser intelligemment celui qu’on est obligé d’importer.
Au lieu d’acheter une voiture de 20.000 euros, achetez en une à 14.000 euros. Avec l’argent économisé, vous pouvez vous payer
une installation solaire à capteurs thermiques qui vous fera économiser l’équivalent de 300 à 400 litres de fioul, par an. Moi-même, J’ai fait ce choix et comme dirait Evelyne Dheliat,
c’est déjà un petit geste pour la planète.
Le développement de l’énergie solaire devrait être la priorité des priorités. Or, très rares sont les nouveaux
logements qui en sont équipés. Nos élus ne sont pas des lumières. Pour les éclairer un peu, je leur signale qu’une nouvelle technique de fabrication des photopiles met le kWh, à 15 centimes
d’euro, selon un article d’un grand Quotidien, en date du 14 Juin 2004. Or, l’État a déjà distribué 1,260 milliard d’euros aux industriels et aux agriculteurs pour le « biocarburant
»…
Utiliser de l’huile de tournesol ou de colza pressée à la ferme, dans les conditions évoquées plus haut, est une pratique acceptable, même si c’est une économie dérisoire.
En revanche, la production du diester ou de l’éthanol nous enfonce toujours un peu plus dans le royaume
d’Absurdie.
Il faut penser en terme de bilan énergétique, de pollution et rien d’autre. Les prix, on en fait ce qu’on en veut. Par ailleurs, il est urgent de promouvoir une vaste réforme agraire, car en
2008, pour produire 1 calorie alimentaire, il faut dépenser, en moyenne, 10 calories fossiles. Les remèdes existent et sont prêts à l’emploi. Il faut
simplement que nos Intelligences Bruxelloises permettent aux agriculteurs de les appliquer. Mais faisons vite, pour que nous ne soyons pas coincés, quand les hydrocarbures
deviendront réellement rares et chers, par le fait même. Juin 2007. Depuis cette époque, le baril de pétrole a pris 40 dollars…
EVRARD Michel
Retraité de l’Enseignement Agricole
VOS COMMENTAIRES